Grains et Pixels ???

Une tentative de revendication, une forme simple (simpliste ?) de manifeste ! Ne pas renier le grain d’argent, ne pas dénigrer le pixel numérique !  Chaque outil utilisé autour d’un projet, pour obtenir la matière photographique que j’ai imaginée … L’essentiel reste évidemment les images que je vous présente, sans que l’on ait à se préoccuper des moyens de leur production. Les tirages d’art que je vous propose sont, aujourd’hui, majoritairement numériques, quel que soit le mode de production de l’image originale ; Grains et Pixels encore et toujours en complément l’un de l’autre.

Autodidacte, mes premiers contacts avec la photographie sont ceux, très classiques, de l’apprentissage des bases du développement et du tirage noir et blanc dans les clubs photos scolaires puis universitaires, apprentissage méticuleux facilité par ma formation scientifique. Mais c’est surtout la rencontre avec des photographies qui a peu à peu façonné mon regard et ma façon d’être photographe.

Lorsque je m’interroge sur cette relation à la photographie, j’ai le sentiment qu’elle a toujours été une compagne, même dans les périodes où j’ai pu donner l’impression de m’en éloigner. Cette irrégularité presque chaotique de ma production est peut-être ce qui me caractérise le mieux. Je ne suis pas pas un photographe hyperactif, toujours l’œil au viseur, photographiant beaucoup. Depuis ma première exposition (« Frimas », Lyon, 1984), on retrouve cette dimension discontinue dans ce que je donne à voir, ne me considérant comme satisfait que lorsque je pense avoir mené mon projet au terme de ce que je souhaitais exprimer.

J’ai besoin de ressentir la motivation d’un nouveau projet, d’une nouvelle série à venir. La prise de vue devient alors une évidence et une nécessité ; vient ensuite le temps de la construction progressive avec ses essais, ses errances, ses réussites.

C’est alors qu’intervient la seconde caractéristique du photographe que je suis : l’outil qui me permettra de construire la série telle que je l’ai en tête. Un regard sur les photographies que je conserve au-delà du temps qui passe et qui me satisfont le plus met en évidence une nette prédominance des outils argentiques, bien que ceux-ci soient aujourd’hui fortement épaulés voire magnifiés par les technologies numériques.

Cette « préférence » n’est pas un choix délibéré, juste une évidence à ce jour, sans préjuger de la direction que me fera prendre le prochain projet, celui qui s’imposera à moi dans quelques jours,  ou quelques mois…

 

Yves Jourdan